3ème édition des rencontres professionnelles de la Foire du Livre à Brive

15 novembre, 2017

« Brive est une pause pour ceux qui ont quelque chose à dire » rappelle le Maire, Frédéric Soulier. L’occasion pour les différents acteurs du monde du livre de réfléchir à son économie pour la préserver, mais surtout la faire évoluer et Jean Brousse de rappeler que c’est pour faire un point régulier sur ces sujets que ces rencontres ont été mises en place. Le monde du livre et de l’édition a bien résisté à la crise de 2008 et se porte bien. Si l’économie de la première industrie culturelle de France ne marque pas de réelle progression, elle ne connaît pas de baisse, contrairement à d’autres pays européens. Le rôle clair du Centre National du Livre a été rappelé par Vincent Monadé : « Il n’a pas vocation de peser sur l’économie mais plutôt de valoriser, aider et accompagner les créateurs. Tout particulièrement dans les secteurs rencontrant des difficultés. »

Le public de lecteurs a pendant longtemps été oublié, c’est pourquoi le CNL a décidé de recréer une grande fête nationale pour le public jeunesse. Le CNL milite avec le Ministère de l’Education Nationale enfin sensibilisé, pour une opération « un quart d’heure de lecture » dans les écoles, même après la primaire. Les enfants sont vus comme l’avenir de ces professions. Il y a là une volonté de les aider à se réapproprier l’espace culturel pour leur plaisir.

Les festivals ont avant tout un impact sur l’économie locale (avec la présence des auteurs, éditeurs et festivaliers…), qu’il s’agisse des librairies, des hôtels, des restaurants mais également des transports. Ce qui permet de localiser des emplois qui par définition ne peuvent être délocalisés. C’est un enjeu majeur pour les villes moyennes afin de développer leur attractivité et leur compétitivité. Le festival devient alors un rendez-vous essentiel pour les protagonistes, qui identifient très bien la ville. L’image du festival rejaillit alors sur celle-ci, peut-être même plus que sur les professionnels. À Brive, en 2016, c’était 707.000 euros de CA de vente au cours des trois jours de la foire.

Olivier Thuillas a fait remarquer que l’une des particularités de la foire du Livre de Brive est la connaissance très claire des chiffres générés grâce au GIE des libraires de la ville, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas. Il ne faut pas perdre de vue que l’économie du livre est une véritable économie.

 

Le Président du Syndicat National de l’Edition, Vincent Montagne, rappelle que la croissance du CA de l’édition est de 4,25%, largement soutenu par le livre scolaire. Il fait mention que sur 3000 maisons d’édition françaises la moitié font moins de 300.000€ de CA par an. C’est donc un univers qui reste fragile, même si en 2017 la rentrée littéraire s’annonce prometteuse, le premier semestre a été difficile.

D’autant que ces chiffres ne représentent pas les revenus de tous les acteurs de la chaîne du livre, en particulier les libraires, dont les contraintes se télescopent avec les attentes des lecteurs et des acheteurs.

Si un aspect mérite bien toute l’attention du monde de l’édition française, c’est celui du développement de la francophonie et du développement de la vente à l’international. La langue française est la deuxième langue du monde en termes de locuteurs et la première en termes de croissance.

Se pose également la question de savoir comment aller chercher les lecteurs, notamment les jeunes, là où ils sont.

 

Marie Sellier, Présidente de la Société Des Gens de Lettres, a alors mis l’accent sur le fait que : « les auteurs sont ce que nous avons de plus précieux ». Elle a également abordé l’idée que si certains considèrent qu’il est grossier pour un auteur de parler de la dimension économique de sa création, cet aspect reste cependant bien réel. Il a été rappelé que dans la majorité des cas un auteur ne peut pas vivre de sa plume, en raison de droits d’auteur peu élevés (qui ne devraient pas être inférieurs à 10% du prix du livre, voire 20% dans le cas du livre numérique) et d’une surproduction.

En 2016 c’est bien 450 millions qui ont été versés aux auteurs sur 4,5 milliards du CA de l’industrie, mais de manière déséquilibrée en fonction des disparités de vente par auteur.

L’accent a été également mis sur la valeur du temps des auteurs, qui en plus de leur temps de création, sont amenés à participer activement à la promotion de leur œuvre, avec la question de savoir si ce temps doit être gratuit.

Vincent Montagne fait remarquer que si quelques auteurs gagnent bien leur vie, la grande majorité ne reçoivent pas un salaire minimum pour leur travail. Le débat restant ouvert sur l’impact d’une augmentation de la rémunération des auteurs sur le reste de la chaîne du livre.

En conclusion Marie Sellier a annoncé que s’ouvrirait bientôt une étude sur cette question de la rémunération des auteurs.

 

La question du numérique a été abordée par Jean-Noël Tronc, Directeur général-gérant de la SACEM, de par sa fréquentation du domaine de la musique. L’un des aspects n’est pas tant la production de livres numériques, mais bien de la vente de livres physiques par Internet. Il a émis l’idée de la diversification, de spécialisation et de la différenciation de l’offre de service au sein des librairies afin de favoriser les raisons des clients, autres que les seuls lecteurs, d’entrer dans une librairie. Alexis Botaya, créateur de startup, a alors fait remarquer que le développement du numérique dans le monde du livre ne passerait pas forcément par le tout numérique mais très certainement par l’émergence du livre audio. Antoine Lefébure, historien des médias, a expliqué la complémentarité qui pouvait exister entre le livre papier et le numérique en faisant part du projet, déjà amorcé, de réaliser des corpus sur des thèmes précis avant de mettre à disposition des ouvrages de la BNF qui ne sont plus, ou difficilement, disponibles. L’idée étant de proposer des packs de pdf sur des sujets précis, en remarquant qu’il n’est pas forcément naturel pour un libraire de vendre pour 35 euros, 100 livres numérisés. Le numérique n’est donc pas la « bête noire » du monde du livre que tout le monde imagine, mais, bien apprivoisé, il peut devenir son allié.